Une fuite en avant

samy1

 

AB

 

Ce que j’ai à te dire est simple, c’est le résultat d’une fuite en avant, à décrocher les clés de partout, pour être partout chez moi, pour entrer, pour atteindre l’espace que je n’ai jamais eu. 

Revoir l’année qui s’est écoulée en quelques bris de souvenirs comme en autant de bris de vitres sur lesquels j’ai marché, l’onde sonore du craquement subtil et fracassant sous la semelle, ce bruit à éviter, mais aussi ravissant que le crépitement des cendres d’une cigarette, aussi alléchant que l’odeur du pétrole.

Au fil des mois, et des années, mon repère temporel est devenu géographique, tant chaque lieu marque son temps comme une saison, plus qu’une saison. Comme une succession aléatoire d’une dizaine d’étés, et de printemps, de quelques automnes, et d’un hiver, en une seule année.
Ici je reprends le chemin du temps, de janvier à décembre, du froid au froid, de Bobigny au 8ème arrondissement de Paris, d’une grille de fer soudé à une autre.

Parce qu’il ne reste de tout ça que des couleurs, des taches, et des sentiments.

C

Ici j’ai observé.
Ici j’ai marché, filmé, et réfléchi, ici sont nées de belles choses.
Ici j’ai couru, j’ai eu froid, j’ai filmé, ici sont nées de belles choses.
Ici, j’ai fini par tout voir.
Ici j’ai laissé la trace de ma semelle sur le mur.
Ici j’ai peint et grimpé, ici sont nées de belles choses.
Ici j’ai grandi, ici j’ai trouvé, ici sont nées, ici vont naître de belles choses.
Ici j’ai marché, pour me calmer.
Ici j’ai attendu la fin de la circulation des métros. 
Puis j’ai marché. Ici j’ai pensé, ici sont nées de belles choses.

Ici nous avons voyagé, ici nous avons retrouvé Lille. Avec amour.
Ici sont nées de belles choses.
Ici j’ai découvert par hasard, ici j’ai filmé et peint, ici sont nées de belles choses.
Ici j’ai regardé passer les trains, ici j’ai filmé, ici j’ai patienté.
Ici j’ai écouté.
Ici j’ai filmé.
Ici j’ai aimé.
Ici j’ai observé.
Ici j’ai eu de la chance.
Ici, je n’en ai pas eu.
Ici j’ai peint. Ici on a eu de la chance. Ici sont nées de belles choses.
Ici j’ai eu de la chance. Ici j’ai vu ma banlieue.
Partout j’ai couru, partout je me suis esquinté, partout j’ai perdu en virginité judiciaire, partout j’ai payé, partout j’ai aimé être.
Puis je suis retourné sous terre.

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Une usine, murée depuis des années, qui laisse entrevoir de si vieilles peintures, cicatrices à belle allure pour une porte entre des arbres, et cet escalier qui descend, qui descend, qui descend, le soleil  froid de l’hiver qui se couche sur un petit gris, qui attend son dernier voyage pour la Roumanie, quelques vitres et quelques sièges en moins, des trains peints sous le sol, car j’y retourne et y retourne, tant que c’est ouvert, je me disais. Puis cet atelier de confection de viennoiseries, je suis le premier, j’ouvre la danse noire, au pulvérisateur, janvier est déjà là, et je jonglais entre deux adresses, deux conceptions, deux pratiques. Chercher, chercher, et user les lieux, pour ne regretter ni fermeture ni démolition. Ce qui ne marche jamais.
                                    Retourner à la grange, après l’avoir laissée si longtemps, c’est voir le temps qui est passé, qui a mangé les pierres et les portes, et les effluves des engrais chimiques qui fendent la conscience.

Un livre en découlera, la grange regorgeait de signes, de vies, de beauté, loin de la ville, au cœur du monde. Puis il a beaucoup fait nuit, alors il y eut les tunnels, interminables et alourdis d’un silence factice.
Un retour à la prison, beaucoup de retours en ce début d’année, les retours c’est aller en terrain conquis, et accepter son changement, son schisme, parallèlement à notre changement.
                                                               L’école de réinsertion, qui forme aux soins mortuaires, et se tenir face à un cercueil, c’est y résider.
Le RER, l’odeur du pneu de caoutchouc cramé, les traces blanches des lumières des wagons, sous la terre, rien d’autre. Je me souviens d’un pigeon, le bruit qui précéda son apparition m’a effrayé.
Un entrepôt avait brulé, la veille. Il abritait une fabrique de vêtements. Ils se ruaient dans les décombres, récupérer des morceaux de linges. Les moins calcinés.
                              Et cette autre grange, ou vivait un homme, si épuisé, si loin, qu’il ne me voyait même pas, à quelques mètres de lui, elle était vide et propre, entretenue par quelques personnes que je n’ai jamais pu voir. Et le bar du front de mer, l’océan, la nuit qui arrive, le simple et le beau sont des chromosomes imbriqués dans leurs structures.
Retour à l’école, j’étais le premier, beaucoup d’autres sont venus, à quelques centaines de mètres de cet entrepôt en cours de démolition.

Puis la maison de l’ambassadeur, au bon moment au bon endroit, juste avant qu’elle ne soit totalement vidée, victime d’une vente frauduleuse incroyable. Le petit matin, les deux voitures défoncées, les ronces, les insectes, les spaghettis dans la casserole depuis des années.
Et de saisons en saison, de période en période, de lieu en lieu, qui s’accumulent en souvenirs, en fragments de bribes de lambeaux, en étagère de couleurs, arrive le présent, le maintenant, ma période. 

D

C’était 2015, et ce n’est qu’une ébauche d’une des six faces du parcours, ou chaque jour est un nouveau chiffre, placé sous un autre plafond de ce lancé de dé. Beaucoup de choses sont nées dans ces lieux, quelques unes y sont mortes, tout a changé. J’ai à peine quitté Paris mais j’ai voyagé toutes les semaines, tout ça a été le moteur de tous mes projets, tirer de l’énergie du vide.

Puis au moment de la prise de recul sur ces années, au moment de faire de l’ordre, de faire autrement, de faire mieux, pour faire plus fort, au moment de la trêve, vous êtes arrivés. On fera 2016 ensemble, l’œil léger, en volant par dessus les mois, en suivant une étoile filante.

J’voulais juste ouvrir une brèche, elle m’a happée, mais j’crève de joie d’en être là, quand bien même cette position me tue autant qu’elle m’alimente, jusqu’à la fin ça durera.

A ceux qui comprennent, et à ceux qui ne comprendront jamais, bonne année, vivons par amour. 

Samy.

 

 

 

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