L’Atelier-Galerie Bleu

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J’arrive à la galerie, la porte de derrière s’ouvre sur l’espace atelier, dont une partie est occupée par une bibliothèque, dont je saurais un peu plus tard qu’elle est fournit en références, inspirations et éditions qu’a produit l’Atelier-Galerie Bleu. Mes yeux reconnaissent une des couvertures : « A quoi penses-tu ? » de Laurent Moreau.

Les grands piñesprits se rencontrent dès le paillasson.

 

Découvert lors du vernissage de Laura Gourmel dont je vous parlais en avril dernier, l’Atelier Galerie-Bleu est un lieu dans lequel on rentre la première fois par hasard ou par curiosité et où l’on revient avec plaisir et envie. J’y suis revenue, lors du vernissage de Magali Dulain, puis lors d’un de ses ateliers. Et puis pour poser des questions à Pauline, la coordinatrice de la galerie. Autant dire que le meilleur moyen de connaître l’histoire et l’ambiance de cet endroit est évidemment d’y venir passer un moment, et de venir discuter avec l’équipe, passionnante et passionnée.

Pauline me sert un thé et s’installe face à moi, dans les fauteuils de l’espace de l’exposition. Les fenêtres nous entourent, derrière Pauline je peux apercevoir les machines de chantier travailler derrière de grands panneaux cachant les travaux qui envahissent l’environnement de la Porte de Valenciennes depuis plusieurs années. Derrière moi, l’exposition de Magali et à travers les fenêtres, l’entrée d’un des immeubles du quartier. Une dame en sort avec sa petite fille, toutes deux saluent Pauline de la main, qui répond chaleureusement. Un homme descend des escaliers venant des bureaux, elle me le présente : Fred, directeur de l’association Avenir Enfance. L’Atelier-Galerie Bleu est l’un des projets de l’association. Réunissant des membres spécialisés dans le sport, la musique, la vidéo, les arts plastiques, cette dernière s’est divisée en 2005 en deux partie : Le Groupement Partage et l’association Avenir Enfance. C’est à ce moment que l’association s’est progressivement centrée sur des pratiques culturelles… Leur projet est d’investir les espaces publiques pendant 3 mois pour réaliser des ateliers avec les habitants et éditer un livre, dehors.

 

Pauline secoue la main vers l’extérieur, encore des habitants du quartier qui la salue.
(Répéter ce geste une dizaine de fois pendant 1h).

 

La galerie a été créé en 2004 pour Lille 2004 – Capitale européenne de la culture. L’association Avenir Enfance a hérité du local deux ans plus tard via une demande de la mairie. Il est alors très peu visible car enfermé par les immeubles, il faut oser passer ces barres, entrer dans ce quartier pour atteindre la galerie. Les expositions du début sont donc presqu’uniquement visitées par les enfants de ces appartements, qui osent pousser les portes d’un lieu curieux implanté au pied de chez eux. L’équipe de l’Atelier-Galerie cherche dès lors à toucher leurs parents, les adultes. Malgré le manque de visibilité par l’extérieur, ils arrivent à obtenir un vrai échange avec des habitants peu avertis mais sincères.

Les travaux de déconstruction, commencé en 2006, leur offre de nouveaux locaux en 2012. L’association en profite pour réécrire le projet de l’Atelier-Galerie Bleu. Ils décident alors de faire du porte à porte pour connaître les attentes des habitants, des partenaires et des structures voisines. Le lieu se veut être un espace d’une grande liberté pour les familles et les artistes avec un vrai respect de chacun. Comment répondre aux attentes de tout le monde ? Certains recherchent la rencontre, le monde, d’autres veulent se laisser surprendre, s’enrichir, découvrir, enfin certains viennent pour en connaître plus sur les artistes exposés. Une question reste pourtant : comment sortir de la « seule » contemplation en tant que public de l’Atelier-Galerie ? Organiser des labos sera l’une des solutions : tous les mercredis après-midis, expérimenter le temps d’un atelier gratuit et sans inscription pour plus de libertés, encadré par l’animatrice de la galerie.

Ah, la voilà qui entre justement : Flora, qui est arrivée en service civique à la galerie, puis qui poursuit son aventure en contrat d’avenir. Elle est actuellement en master 2 où elle écrit un mémoire « recherche-action » autour de l’Atelier et de son territoire. L’association l’a poussé à suivre cette formation, tout comme elle a soutenue Pauline pour qu’elle passe 2 ans au CNAM, pour écrire également un mémoire intitulé « L’accès à l’Oeuvre, vers une autre relation aux publics » – avec pour terrain d’exploration, évidemment, la galerie.

Flora anime les labos de créations et soutient les personnes qui viennent à la galerie le mardi après-midi (16h30-18h). C’est un créneau où chacun peut arriver avec son projet personnel : collégiens qui ont un sujet d’arts plastiques à travailler, adultes qui travaillent sur des petits travaux manuels…

Deux dames frappent à la porte, elles connaissent Pauline, elles lui demandent si elle peut leur indiquer les numéros d’appartements de deux personnes. Ces personnes ont reçu un courrier de la mairie, suite à leur rencontre avec Martine Aubry, cette enveloppe contient des informations sur leur relogement qui aura lieu après la démolition de leur tour. Ce problème est très présent dans le secteur de la galerie. Pauline vient d’ailleurs d’inaugurer les créations d’habitants d’une cité qui sera détruite dans quelques semaines Boulevard de Strasbourg. Les adultes ont réalisé des collages sur le bâtiment avec des citations de leurs vécus dans ces immeubles, les jeunes ont créés un film d’animation et les enfants un livre.

Côté exposition, les artistes comme Laura et Magali, sont choisis grâce au bouche à oreille ou via des dossiers que la galerie reçoit. Dans tous les cas, la démarche et la personnalité de l’artiste doit correspondre aux valeurs et aux objectifs de l’Atelier Galerie Bleu : expérimentations, explorations, rencontres. Le rapport avec le public est important, le temps de résidence implique une co-production avec celui-ci, il faut alors savoir se positionner dans cette approche en lien avec le territoire et ses habitants. Etant donné les problèmes de subventions, dont est dépendante la galerie, l’artiste choisi doit être également flexible et accepter de se mettre en péril. Les financements arrivent souvent peu de temps avant le début de la collaboration en l’artiste et l’atelier, les projets d’exposition et de résidences ne sont donc pas assurés longtemps à l’avance.

Quelques images de l’atelier avec Magali et des habitantes du quartiers…

Notre entretien se termine, nous pourrions encore discuter de la démarche et du fonctionnement de l’Atelier-Galerie Bleu pendant des heures. Un petit garçon ouvre la porte : « Pauline ! J’peux appeler ma mère ? L’interphone il est cassé, j’peux pas rentrer… »

L’Atelier-Galerie Bleu est définitivement un lieu où les regards et les paroles se croisent. Un lieu où les échanges créent des liens dans la diversité des personnes qui y passent. Un lieu qui met à mal l’élitisme, les clichés de l’art contemporain et de ses acteurs. Un lieu comme on les aime et où l’on reviendra vite.


 

ACTU

– Du 26 juillet au 16 septembre 2016 : une exposition de portrait peints à la bombe en lien avec le Centre Social Marcel Bertrand par l’artiste Sweak.

– Du 23 septembre au 13 décembre 2016 : une exposition réunissant une conteuse Murielle Mobengo et d’une graveuse Fany Piñel autour du conte « Le Gazibou »

SITE

www.avenir-enfance.org

 

Madeline

 

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